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Haute-Vienne Sites archéologiques

La villa Antone

Il faut se rendre à Pierre-Buffière en Haute-Vienne pour avoir la chance de découvrir les vestiges de la villa Antone. Le site est actuellement protégé et valorisé par l’Association Dupuytren Mémoire Vivante qui en assure également les visites.

Vue aérienne du site de la villa gallo-romaine d’Antone.
Sources : « Villa Antone, villa Brachaud », France 3 Limousin, 2017

Historiographie

Le site est connu depuis le XIXème siècle. En 1821, Charles Nicolas Allou (1787-1843) dans son ouvrage Description des monuments des différents âges observés dans la Haute-Vienne, avec un précis des annales de ce pays évoqua la présence de murs en ruines issus d’une construction romaine dans la forêt de Pierre-Buffière qu’il nomma très simplement la « Villa d’Antone ». Puis quelques décennies plus tard, le site est de nouveau cité dans la littérature locale par Maurice Ardant qui mentionne également les premières prospections faites par le Docteur Chastaing (1793-1867). Cependant aucun écrit n’atteste réellement ces informations. Hormis ses deux mentions et les rapports de fouilles publiés dans les Bulletins de la SAHL, le site n’apparaît pas dans d’autres sources anciennes.

L’histoire des fouilles

Le site est fouillé pour la première fois en 1862 par la Société archéologique et historique du Limousin à l’initiative d’un de ses membres. Ainsi plusieurs murs, un aqueduc, des morceaux de marbre moulurés, un égout et son réseau de canalisation sont découverts. Cependant, sans avoir relevé aucun plan, on décide de renfouir le site en 1865.

Ces photographies sont conservées aux Archives départementales de la Haute-Vienne.

Lors de la deuxième campagne de fouilles réalisée entre 1931 et 1939, on décide de nouveau de creuser. La réouverture des fouilles est notamment dû à un don généreux fait en 1930 par un certain M. Raph W. Gray. Cette fois-ci on découvre les pièces des thermes, des puits, un bâtiment circulaire qui plus tard sera identifié comme la nymphée et on fouille davantage l’aqueduc ainsi que le réseau de canalisations. Le site, divisé sur plusieurs niveaux d’élévations, est inspecté minutieusement et plusieurs mètres de murs sont même consolidés. C’est la déclaration de la Seconde guerre mondiale à la fin de l’été 1939 qui vient subitement interrompre les fouilles. Avant son décès en 1950, Franck Delage le responsable d’opérations supposait que les premiers bâtiments construits à l’époque gallo-romaine succédaient vraisemblablement à des habitations gauloises, probablement à une ferme. Pour d’autres érudits de la région, il semblerait même que le site ait pu avoir une occupation protohistorique plus ancienne.

Cette deuxième campagne de fouilles révéla la complexité du site de la villa Antone, ce domaine bâti était divisé en deux grandes parties : la pars rustica et la pars urbana. La pars rustica désigne toute la partie supérieure du plateau sur laquelle on trouve les ruines d’une succession de petites pièces où les domestiques étaient possiblement logés. Dans cet espace, des fragments de verres ont été exhumés témoignant l’existence d’ouvertures dotées de vitres (cette découverte fait d’ailleurs écho à celle faite sur le site gallo-romain des Mazières). Une salle hypocauste a également été découverte dans cette partie. Enfin, dans la pars rustica, dans la partie inférieure du plateau, on suppose qu’il s’agissait de l’espace consacré aux dominus. Des thermes privés ont aussi été découverts. L’ensemble des équipements mis à jour témoigne également de l’importance du domaine.

Les murs

Un grand mur d’une longueur de 24 mètres et d’une hauteur de 4 mètres sur une épaisseur de plus 2 mètres à la base et de 1,80 mètres au sommet a été sorti de terre. Remarquablement bien conservé (le mortier y est intact à certains endroits) il soutient la terrasse sur laquelle a été édifiée la villa. L’exhumation des murs de soutènement des différents bâtiments suppose qu’ils n’étaient pas tous contemporains. En effet, des traces d’incendie supposent que certains d’entre eux ont dû être reconstruits plusieurs fois. Un autre mur, plus petit, se situe lui aussi proche des thermes à l’ouest. On ne connaît pas réellement sa fonction, il n’est pas possible de dire s’il s’agissait aussi d’un mur de soutènement ou d’un mur rattaché à un bâtiment ouvert ou fermé sur l’extérieur.

Les thermes

La découverte d’une salle à hypocauste lors des campagnes de fouilles de 1931 dans la pars rustica a directement fait suspecter à Franck Delage la présence de thermes. Son système de chauffage est similaire aux autres espaces thermales découverts dans la région : l’air chaud circulait sous le sol et dans les cloisons grâce à l’hypocauste. D’énormes foyers alimentés par le bois venaient chauffer l’eau amené par un savant réseau de canalisations. Quant aux pièces thermales, elles étaient situées dans la pars urbana. De nouvelles fouilles menées 2014 par la DRAC devaient venir préciser la compréhension du site et notamment de cet espace.

La nymphée

La nymphée de forme circulaire de la villa d’Antone à Pierre-Buffière
Crédit :
Olivier Chaumeil

La nymphée est un édifice romain unique. Ici de forme circulaire, elle est bâtie autour d’une fontaine ou d’un bassin richement décoré de statues servant de lieu de réunion ou de repos. C’est un lieu initialement consacré aux nymphes, sa fonction était donc avant tout religieuse et dans la cas de la villa Antone elle permettait d’assurer un lien avec les dieux. Sa construction circulaire a longtemps laissé dubitatif notamment lors de sa découverte dans les années 1930. Au centre se situe un bassin vraisemblablement orné de marbre, de serpentine et surmonté de colonnes et de statues de nymphes. Autour du bassin on retrouve un second bassin, plus grand, en forme de couronne et orné lui aussi. La présence d’une nymphée dans la partie privative du domaine n’est pas rare. En Gaule romaine, notamment à la fin du Ier avant notre ère sous la principat d’Auguste, on observe un développement des systèmes hydrauliques de grand ampleur. Ces aménagements qui s’appuient systématiquement sur la construction d’un aqueduc ont une portée symbolique forte. Cette mise en scène de l’eau n’est pas le seul témoignage que nous avons en Gaule romaine, la plus illustre étant la nymphée de Fourvière à Lyon.

La maîtrise de l’eau

Du petit aqueduc jusqu’au grand égout et au réseau de canalisations, de la captation des sources jusqu’à l’évacuation, la configuration du site de la villa Antone laisse supposer un aménagement ingénieux. Les plus importants témoignages de cette gestion de l’eau sont les différents bâtiments (thermes, nymphée) et aménagements (grand égout, canalisations, puits) exhumés sur le site. Les sources présentes aux alentours étaient captées en amont ou via des puits avant d’intégrer l’ensemble hydraulique du domaine. Un puits rond alimentait les thermes tandis qu’un autre de forme carrée desservait en eau la nymphée. Grâces aux aqueducs positionnés en hauteur, l’eau était canalisée pour être ensuite redistribuée dans l’ensemble du domaine bâti. Ainsi, l’eau drainée par les toits et les bains était collectée par des caniveaux dallés et couverts qui se déversaient dans un grand égout courant le domaine.

Toutes ces installations laissent penser que l’eau était un élément central dans les habitations antiques. Le rôle de l’eau, à première vue purement utilitaire, semblait plus profond. Alors que la présence de thermes et de la nymphée justifient un usage hygiénique pour l’un et sacré pour l’autre, l’existence d’un réseau de canalisations élaboré revêt finalement d’une fonction déterminante. Les dons multiples de l’eau (purificatrice, hygiéniste…) et sa savante gestion illustrent parfaitement l’importance accordée par les Romains à cet élément naturel si précieux.

« Villa d’Antone, une association fait renaître les ruines », France 3 Nouvelle-Aquitaine – octobre 2019.

Pour en savoir davantage rendez-vous sur :

Bibliographie :

DELAGE, Franck. 1952, « Fouilles de la « Villa D’Antone » à Pierre-Buffière (Haute-Vienne) », in Gallia, vol. 10, 1952, p. 1‑30.

DESBORDES, Jean-Michel. 2014, « La “villa d’Antone” (c. de Pierre-Buffière, Haute-Vienne) : étape routière entre Augustoritum/Limoges et Tolosa/Toulouse », in Travaux d’Archéologie Limousine, vol. 34, p. 103‑111.

LABROUSSE Michel. 1961, « I. L’eau dans la civilisation gallo-romaine », in Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 73, n°54, p. 219-225.

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