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Les thermes romains d’Evaux-les-Bains

Aujourd’hui encore, la petite ville creusoise d’Evaux-les-Bains est connue comme une station thermale. En effet, la qualité curative de ses eaux est attestée depuis l’Antiquité. Ivaunum (nom antique donné à Evaux) était un vicus (petite agglomération) qui doit essentiellement son existence, antérieure à la Conquête romaine, à la captation de ses eaux. Ce système de captage d’origine antique est par ailleurs toujours utilisé aujourd’hui.

Des fouilles fortuites aux premières découvertes

Patère en bronze
Musée de la Sénatorie à Guéret en Creuse

C’est en 1806 que les premiers vestiges des thermes sont signalés par Jean-François Barailon (1743-1816). Mais il faut attendre 1833 pour qu’un premier bassin d’eau ne soit mis à jour à l’occasion de travaux destinés à accueillir un bâtiment thermal. Suite à cette découverte, les premières campagnes de fouilles sont menées des années 1838 à 1847 et les vestiges situés sous un éboulement de falaise furent en grande partie dégagés. Puis à l’occasion de la construction de nouveaux bâtiments, de nouvelles fouilles furent entreprises entre 1852 et 1858. C’est ainsi que le nom d’une divinité indigène Ivaos fut révélé. En effet, c’est la mise au jour d’une inscription votive, sur le manche d’une patère en bronze découverte dans un puits, qui permit de faire le lien avec le nom de la cité antique d’Evaux.

D’autres fouilles ont également eu lieu au XXème siècle. En 1971, lors de travaux de destruction destinés à élargir la voie d’accès aux thermes modernes, des murs datant de l’Antiquité ont été sortis de terre. Puis en 1972, les travaux révélèrent deux murs parallèles sur près de 200 mètres. On identifia alors une galerie d’accès large d’environ 6.70 m.

Les thermes

Reconstitution des thermes d’Evaux-les-Bains d’après Jean-Claude Golvin

Les thermes romains d’Evaux ont probablement été construits au Ier ou au début du IIème siècle. Constitués d’une cour centrale, de piscines circulaires et rectangulaires, son décor était composé de marbre, de calcaire, de voûtes et de mosaïques comme en attestent les découvertes faites lors des fouilles. L’abandon des thermes semblent avoir eu lieu en plusieurs temps. Un incendie au IIIème siècle de notre ère (après l’an 260) provoqua de nombreux dégâts dont l’éboulement d’une partie de l’édifice. Une partie des thermes a cependant été restauré puis remise en service au IVème siècle.

Les thermes d’Evaux étaient directement encastrés dans la falaise afin de pouvoir capter directement les sources d’eaux qui s’en écoulaient. Les thermes antiques renfermaient plusieurs grands bassins richement ornés. L’alimentation en eau se faisait directement par les puits ou les canalisations en plomb. Un grand bain circulaire, d’un diamètre estimé à environ 7,80 m, a été découvert dans la partie nord de l’édifice. Guy Lintz estime que cette salle était la plus « luxueuxe des thermes », il y trônait également des statuettes en calcaire et une coupole en mosaïque la surplombait. Ce bassin circulaire donnait accès à deux autres bassins rectangulaires mesurant jusqu’à 17 mètres de long. Au centre des thermes, un cour ouvrait l’accès à des baignoires individuelles destinées aux personnes ayant certaines pathologies et nécessitant des soins spécifiques. Des sources d’eau chaude étaient captées pour alimenter le bâtiment. La découverte d’un puits de forme carrée amena les archéologues à penser que celui-ci aurait pu avoir une fonction religieuse. Et au sud du bâtiment, on distingua une longue galerie permettant d’accéder aux thermes.

Plan de Guy Lintz d’après les notes du docteur Janicaud.

L’eau

L’alimentation en eau potable des thermes était faite par un aqueduc dont son origine se trouve à Reterre où les sources de la Valazière étaient recueillies. L’eau circulait dans un conduit de granite recouvert de dalles plates. Pour certains historiens, l’eau revêt un symbole de la romanisation de la Gaule après la Conquête. Si l’on se réfère uniquement aux bâtiments publics, aux thermes ou aux aqueducs, l’eau se présente comme un bien utilitaire. Quant aux thermes, elles deviennent rapidement un édifice social adapté, selon Michel Labrousse, aux mœurs gallo-romaines. Lieu de cure, les eaux thermales étaient empreintes d’une certaine sacralité, dues aux qualités bienfaitrices qu’on leur accordait.

Bibliographie :

LABROUSSE, Michel. 1961, « I. L’eau dans la civilisation gallo-romaine », in Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 73, n°54, p. 219-225.

LINTZ, Guy. 1985, « Evaux gallo-romain : la galerie d’accès aux thermes », in Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, n° 42, fascicule 2, p. 277-293.

LINTZ, Guy. 1990, « Evaux », in Villes et agglomérations urbaines antiques du Sud-Ouest de la Gaule, supplément n°6, actes de colloque, Aquitania, p. 90-96.

ROGER, Jacques. 2008, « Evaux-les-Bains (Creuse) : nouvelles données archéologiques sur le vicus, les thermes et l’une des nécropoles », in Travaux d’Archéologie Limousine, vol. 28, p. 163‑184.

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