Oppidums gaulois en Limousin

Qu’est-ce qu’un oppidum ?

Un oppidum est une fortification celtique aménagée en surplomb d’une vallée, protégée par des fosses et servant de lieu de refuge et de rencontre. Plus généralement, est considéré comme un oppidum tout habitat fortifié protohistorique. C’est un lieu habité de manière permanente par les peuples des Gaules et remplissant des fonctions économiques, politiques et parfois religieuses.

César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, les décrit comme des lieux de ralliement et d’appui des armées gauloises. Ses propos confirme une organisation politique aux mains d’une élite qui a laissé des traces archéologiques discernables. Au travers des vestiges, on peut distinguer toute une structure sociétale. Les sépultures étaient, par exemple, mises à l’écart des oppidums. Les remparts sont les premiers éléments spatiaux caractéristiques et on distingue deux grandes organisations : les fortifications de barrage et les enceintes de contour. Les fortifications de barrage s’appuient sur des éléments topographiques d’un site pour permettre une protection naturelle, ainsi un éperon barré, un segment de crête, une (presqu’)île, une confluence barrée ou le bord d’un fleuve ou d’une falaise constituent des éléments idéales pour établir un oppidum. Quant à l’enceinte de contour, elle n’a pas de forme, c’est un rempart qui encercle un ensemble d’habitations, généralement en hauteur, comme posé sur un mont ou en surplomb d’une vallée.

Dans un article daté de 1985, Jean-Michel Desbordes identifie 10 enceintes fortifiées en Limousin. Cette liste, non exhaustive, permet de réaliser une première étude. L’oppidum le plus connu et documenté à ce jour est celui de Villejoubert sur la commune de Saint-Denis-des-Murs en Haute-Vienne.

En Haute-Vienne

L’oppidum de Villejoubert à Saint-Denis-des-Murs

L’oppidum de Villejoubert est désigné, comme de nombreux autres oppidums, par « Camp de César ». Daté du Ier siècle av n.è., c’est le plus grand oppidum du Limousin. Situé au centre du territoire lémovice, il aurait vraisemblablement pu en être le chef-lieu. Traversé par un itinéraire d’origine préromaine reliant l’Auvergne au Poitou, il bénéficiait d’un emplacement stratégique. L’oppidum de Villejoubert se présentait sous une forme rectangulaire de 4 km de long sur 600 m de large. Il était cerné et défendu par un long rempart périphérique dont le tracé épouse chaque redan du plateau. Ce rempart, dans sa section la mieux conservée, atteignait 18 m de hauteur. A l’intérieur des vestiges d’habitat et des traces d’un enclos cultuel ont été détectés. Des remparts subsistent sur les lieux dits des Linières, Les Sagnettes, Le Courieux et Le Moulin de Villejoubert. D’une superficie de 300 hectares, occupé sur la période de la Tène finale, identifiable grâce à l’architecture de son rempart (murus gallicus, comprendre ici un petit rempart sans fossé à l’avant et de 4 m de hauteur), Villejoubert est l’un des rares oppidums certifié en Limousin.

La Motte-Chalard à Sainte-Gence

Saint-Gence est, depuis des années, identifiée comme étant une agglomération gauloise. Jean-Michel Desbordes identifie la Motte-Chalard à Saint-Gence comme un gué de passage, un lieu de contrôle sur la Glane sur un itinéraire reliant Limonum (Poitiers) au bas Limousin en passant par le futur site d’Augustoritum. Ce lieu fortifié, par une enceinte de contour, d’une superficie de 2.36 hectares est davantage identifié comme une fortification du Second âge de fer qu’un oppidum. Bien qu’il possède toutes les caractéristiques, Jean-Michel Desbordes estime que sa fonction principale assurait plus « […] la sécurité d’un trafic routier […] » et de transport qu’un espace de vie pour les Lémovices.

Le Chalard à Ambazac

Tracé schématique de l’enceinte du Chalard par Jean-Michel Desbordes, 1985.

Les monts d’Ambazac parsèment le paysage depuis l’Antiquité. C’est certainement cette topographique particulière du lieu qui permit aux peuples gaulois de s’y installer. Là encore, Jean-Michel Desbordes n’estime pas que le Chalard ait pu être un oppidum. Edifié sur un éperon barré, d’une superficie de 0.56 hectares, le Chalard semblait aussi être un passage à gué sur le Beuvreix.

Selon l’historien, le Chalard se situe sur « […]un éperon de confluence entouré d’un rempart soulignant la crête des ravins, dont la défense est matérialisée, vers le plateau, par une levée de terre précédée d’un fossé ». Enfin, il s’appuie sur les récoltes de surface pour déterminer son occupation : pour lui, le site a été habité entre la fin du IIème siècle av notre ère et le règne d’Auguste.

En Corrèze

L’oppidum du Puy du Tour à Monceaux-sur-Dordogne

Oppidum du Puy du Tour, Office du Tourisme du Cadillacais et du Langoirannais

Situé à 406 m d’altitude, le Puy du Tour surplombe la vallée d’Argentat sur la Dordogne séparant ainsi deux plaines. Le site domine également deux confluents, la Souvigne au Nord-Est et la Maronne au Sud-Est. La fortification a déjà été sondé et fouillé quelques fois depuis le XXème siècle : de 1906 à 1913 par Eusèbe Bombal, de 1953 à 1959 par Auguste et Jean Murat qui cherchent à documenter le site, de 1984 à 1987 par une équipe dirigée conjointement entre Jean Murat et Jean-Marie Courteix. Le site a ainsi livré un mobilier archéologique antique abondant (fibules, perles, base d’arc, clavette d’essieu de char en fer, meule de pierre, anses de chaudron, tessons de céramique …) témoignant de la vie quotidienne. Son analyse a permis de montrer le rôle stratégique et militaire du site et de le considérer comme un lieu de production et d’échanges pour le commerce. Cette multiplicité des fonctions rapproche le Puy du Tour de l’hypothèse quasi confirmé d’oppidum. Le site, limitrophe des cités cadurque et arverne, s’impose comme un espace important pour le contrôle des terres aux confins du territoire lémovice. Il se situe plus précisément, près d’une voie protohistorique permettant le contrôle de l’acheminement des métaux de l’Armorique à la Méditerranée. Sa situation géographique, à cheval entre trois cités gauloises, fait du Puy de Tour un site particulier. Entouré d’une enceinte de contour, l’oppidum servait aussi à surveiller le passage de la rivière et semblait s’insérer dans un maillage territorial avec le Châtelet, Fontjaloux et Yssandon.

L’oppidum d’Yssandon

Carte de l’oppidum d’Yssandon

Le Puy d’Yssandon est un plateau dominant. Son enceinte surveille un col franchissant un axe joignant la vallée de la Vézère. Aucun système défensif n’ait été mis à jour. Pourtant cet oppidum est connu depuis l’Antiquité tardive, il est nommé dans le Testament de Saint-Yrieix (572), sous le nom de Castrum Issando. L’oppidum est formé à partir de deux puy (le Puy d’Yssandon au nord et le Puy de Chalard au sud) reliés entre eux par un col qu’il est essentiel de surveiller. La découverte de monnaies gauloises et républicaines, de fibules de Nauheim et de quelques perles de verre colorées montre une occupation du site dès la Tène finale.

Le Charlat à Ussel

Cet oppidum porte également le nom de « Camp de César ». Ce terme est souvent employé pour désigner des fortifications gauloises, l’utilisation de ce dernier avait d’ailleurs été questionné par Louis Havet dans un article de 1920. L’historien démontrait que l’usage de cet expression avait plus souvent fait référence à une occupation par les armées romaines ou une désignation topographique plutôt qu’à une réalité historique. Dans le cas de cette fortification gauloises au lieu-dit du Charlat à Ussel, il s’agit principalement d’un rempart daté du second âge de fer, plus précisément d’un éperon barré de 1,45 hectares. Selon Jean-Michel Desbordes sa position s’explique par le passage de la Diège et son besoin de contrôle et de surveillance. Enfin, la structure du rempart de cette fortification est similaire à celle d’Ambazac, on observe un rempart de masse, c’est-à-dire une accumulation de terre et de pierres mêlées.

En Creuse

Le camp des Châtres à Aubusson

L’occupation du camp des Châtres, éperon barré de 3 hectares, est datée entre le premier Âge de fer et la période gallo-romaine. Comme pour l’oppidum de Villejoubert, la fortification était traversée par un itinéraire antique important pour l’époque et surplombait un passage à gué. Ainsi, sa fonction était double : on surveillait le cheminement et l’abri du trafic routier. A Aubusson, le camp contrôlait un ancien tracé, désigné sur la carte de Cassini comme le chemin de Moriac, il s’agissait d’un itinéraire menant en Auvergne méridionale et desservant l’enceinte du Charlat à Ussel. La superficie du camp des Châtres s’étalait sur 10 à 15 hectares au total.

Carte du camp des Châtres à Aubusson par Jean-Michel Desbordes

Le camp de César à Ahun

D’une superficie estimée de 3 hectares, le petit oppidum d’Ahun précédait déjà l’occupation romaine. Selon Jean-Michel Desbordes, il était relié par l’ouest au Puy de Gaudy de Sainte-Feyre ainsi qu’au nord à un itinéraire joignant Bourges par Châteaumaillant. Le site a été habité entre la période de la Tène finale et la période gallo-romaine. Identifié comme un éperon barré, le camp de César d’Ahun se trouvait sur un passage à gué. Il a été peu étudié.

L’oppidum de Puy de Gaudy

Comme le Camp de César d’Ahun, l’oppidum du Puy de Gaudy occupait la même superficie. Cette enceinte de contour permettait la surveillance et le contrôle du passage de col de Chabrières qui permettait le franchissement d’un itinéraire de longue distance de l’Auvergne au Poitou. De nouveau, l’identification d’un lieu stratégique justifia l’implantation d’une fortification.

On observe de nombreux autres petits oppidums gaulois dans la région : celui de Sainte-Radegonde/Châtillon d’Entraygues à Budelière… En somme c’est tout un réseau d’oppidas, un véritable maillage territorial qui existait à l’époque, avant la Conquête romaine. L’étude de ces différents sites permet de mettre en évidence un élément important : la diversité de la topographie limousine. L’architecture des oppidums de l’Âge de Fer en Limousin va donc au-delà de la simple distinction entre fortification de barrage et enceinte de contour. Le rempart le plus présent dans ces structures est le rempart de masse.

Bibliographie :

CANTIE, G. 1983, « L’éperon barré de Card, commune d’Ambazac (Haute-Vienne) », in Travaux d’Archéologie Limousine, vol. 4, p. 41-52.

DELAGE Franck et GORCEIX Charles. 1923, « L’Oppidum de Villejoubert (rempart de la Tène III). Commune de Saint-Denis-des-Murs (Haute-Vienne) », in Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 20, n°7-8, p. 208-228.

DESBORDES, Jean-Michel. 1985, « Les fortifications du Second Age du Fer en Limousin : caractères et fonctions », in Gallia, tome 43, fascicule 1, p. 25-47.

GUICHARD, Vincent. 2017, « Les oppida, une parenthèse dans l’histoire de l’Europe tempérée ? », in Pallas, 105, p.159-171.

HAVET, Louis. 1920, « Camp de César »., in Revue des Études Anciennes, tome 22, n°2. p. 118-120.

LEGER.P. 1973, « Le camp de Chastres, Commune d’Aubusson, Campagne de fouilles 1973 », in Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, p. 228-237.

PESTEIL, Frédéric. 2007, Le Puy du Tour, oppidum gaulois, Commune de Monceaux-sur-Dordogne, Mille Sources.

RALSTON I.B.M. 1992, Les enceintes fortifiées du Limousin, les habitats protohistoriques de la France non méditerranéenne, DAF 36, Paris.

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