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Corrèze Sites archéologiques

Le sanctuaire gallo-romain des Pièces Grandes

La commune des Margerides située en Corrèze, abrite un site archéologique : le sanctuaire gallo-romain des Pièces Grandes. Il a la particularité de comporter deux temples. Le site est classé aux Monuments Historiques depuis 1984.

Site archéologique du sanctuaire gallo-romain des Pièces Grandes à Margerides.
Crédit : Franck Cordier Photographies, 2019

La découverte du site et les fouilles

En 1965, le maire de la commune et agriculteur monsieur Yvernat déterre dans son champ des tuiles, des pierres de granit mais aussi des tessons de céramiques. Intrigué par ces récentes découvertes, il décide de contacter l’association les Amis du Val, une association dédié dans la valorisation du patrimoine culturel de la région de Bort. Celle-ci décide à son tour de se tourner vers le Groupe Spéléologique et Archéologique du Camping-Club de France, avec comme projet d’entreprendre les premières fouilles du site. Ainsi, pendant 3 jours, pas moins de 10 tranchées sont creusées. Malheureusement, ces premiers essais sont infructueux et on décide d’abandonner les recherches dans le champ du maire. Entre temps, un second agriculteur de la commune fait savoir qu’il avait découvert des vestiges importants (murs maçonnés à la chaux, tuiles, fragments de vases) lors de travaux qu’il avait mené dans son champs quelques années auparavant. Forts de ces nouvelles informations, les bénévoles débutèrent un premier sondage en juillet 1965. Quelques jours plus tard, un sanctuaire comportant une première salle carrée de 7m de côté fut dégagée du sol. Les premiers vestiges archéologiques venaient d’être découverts.

Le fanum, les deux temples et les autres monuments

Vue aérienne d’une partie du sanctuaire gallo-romain des Pièces Grandes.
Crédit : Franck Cordier Photographies, 2019

Chaque été de 1965 à 1982, le site est fouillé. Chaque fouille estivale permettait ainsi d’en savoir davantage sur le site et son occupation. Plusieurs bâtiments, dont les fonctions n’étaient pas connues à l’époque, ont été progressivement mis à jour.

Le fanum

Le terme fanum désigne essentiellement un petit temple gallo-romain. Au cœur du site se situe le fanum principal qui avait la particularité d’avoir ses murs extérieurs recouverts d’un enduit peints aux diverses couleurs. Les vestiges du fanum indique qu’il mesurait 12,80 m de côté et comportait en son centre une galerie pour pouvoir circuler autour de la cella. La cella désigne la partie close du temple romain et s’ouvre sur le devant par une porte. Elle était interdite au public et seulement accessible par les prêtres du sanctuaire qui officiaient. On a aussi distingué une deuxième cella, plus petite que la première, dans un bâtiment de forme carrée au nord du fanum principal. Au cœur de la cella du fanum principal, une statuette en pierre représentant une déesse-mère a été découverte avec des monnaies et des tessons de céramiques. Enfin, dans la galerie une deuxième statue a été exhumé accompagnée là aussi de nombreuses pièces, confirmant la fonction cultuelle et religieuse de cet édifice.

Vue du sol des vestiges.

Les deux temples

Au sud du fanum principal, on distingue également deux édifices plus petits de forme cartée. Si au cours des premières fouilles, ceux-ci n’ont pas été directement assimilés comme des temples, il faudra attendre plusieurs années avant que ceux-ci ne soient clairement identifiés. Récemment, les trois archéologues de la société Evêha en charge de la fouille du site, ont émis l’hypothèse que les deux petits temples avaient déjà certainement disparu lorsque le plus grand temple aurait été érigé. Ces derniers auraient également déclaré, que les deux petits « […] temples dont nous voyons les vestiges pourraient n’être que l’évolution romaine d’un sanctuaire celte préexistant. » Cette dernière hypothèse pose la question de la datation du site, probablement bien antérieure à la conquête romaine.

Les autres monuments

Sur le site on a également mis à jour de nombreux édifices dont les fonction ne sont toujours pas connus. Ainsi autour du site, un mur d’enceinte a pu être dégagé au nord et à l’est des temples. Au sud-est, les vestiges d’un bâtiment rectangulaire comportant une salle allongée ont été sorti du sol. A l’extrême nord et à l’extérieur du mur d’enceinte n’a fait l’objet que de sondages limités ne permettant pas d’en avoir davantage sur sa fonction.

Le mobilier exhumé

Statuette en bronze de Cernunnos

De belles découvertes ont été faites sur le site. On a notamment retrouvé des petites sculptures dont une statue de déesse-mère, une statue du dieu Mercure, une tête féminine en parfait état de conservation, une statue d’un femme debout vêtue d’un vêtement recouvrant intégralement son corps et sa chevelure et des fragments de statuaire en pierre à l’effigie de Vénus, Hercule mais aussi en bronze représentant des animaux (sanglier, coq, bélier, tortue…). La découverte la plus spectaculaire fut une statuette en bronze du divin Cernunnos (dieu majeur du panthéon celtique auquel on accorde plusieurs attributions dont la mort et la vie, le cerf, le cycle biologique de la nature, la germination et le dépérissement, il est fréquemment associé à la déesse-mère). On a également retrouvé de nombreux tessons de céramique et des monnaies à l’effigie de plusieurs empereurs romains. Des pièces gauloises attribuées aux Lémovices /Cadurques ont été sortis de terre.

Une association pour protéger et valoriser

Depuis 1982, le site ne semble pas avoir fait l’objet de nouvelles fouilles. Ce n’est que très récemment que le bureau privé d’archéologie préventive Evêha, a pu mener de nouveaux sondages. Ce regain d’intérêt pour le site archéologique s’est accompagné par la création d’un association en octobre 2020 : l’Association Archéologique des Pièces Grandes. Celle-ci se donne pour mission de mieux connaître le site, relancer les recherches, regrouper les trouvailles déjà réalisées et les valoriser. La jeune association est d’ailleurs toujours en recherches de bénévoles et d’adhérents.

Bibliographie :

MERCIER, Georges. 1967, « Le fanum gallo-romain des « Pièces-Grandes » à Margerides (Corrèze) ». Revue archéologique du Centre de la France, vol. 6, no 1, p. 5‑23.

SIRAT, A. 1974, « Le site des Pièces-Grandes à Margerides (Corrèze) ». Mélanges Marius Vazeilles, Société des lettres, Sciences et arts de la Corrèze.

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